Rencontre : L’ère d’un maire

Charles KERDILÈS

Photo de M. Charles Kerdilès - maire honoraire de Guipavas
Derrière son regard attentif se cache tout un pan de l'histoire de Guipavas. À 99 ans, Charles Kerdilès raconte cinq mandats consécutifs de maire de 1965 à 1995, trois décennies pour piloter les mutations profondes d'une commune tournée vers son avenir.

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C’est une sacrée responsabilité qui me tombait sur la tête

« J’ai vu pas mal de choses ! Je ne sais pas trop ce que je vais vous dire… » Car oui, il y a matière à raconter. Dans son salon, Charles Kerdilès remonte le fil de son existence indissociable de Guipavas, là où il a vu le jour le 14 janvier 1927. Son père, vaguemestre à la pyrotechnie de Saint-Nicolas, Charles passe par les bancs du Sacré-Cœur, de St-Charles et de St-François (Lesneven). « Après mon service militaire, mon père est allé voir Maître Mocaër pour lui demander de m’apprendre le métier de clerc de notaire. Il a accepté et j’ai fait toute “mon école” là. » Formé sur le tas, il devient principal clerc de l’étude avant d’obtenir son diplôme de notaire, major de promotion. Marié et père de trois enfants, il mène sa carrière… pas loin de la mairie. « J’avais quoi, dix pas à faire ! »

30 ans de métamorphose

« Au départ, je n’étais pas intéressé par les affaires publiques. À l’étude, on avait déjà fort à faire », se souvient celui qui fut pourtant sollicité pour prendre la tête d’une liste. Entre son métier et son implication aux Gars du Reun, joueur puis président de la section football, Charles Kerdilès est une figure bien connue des familles guipavasiennes. Il est aussi fifre dans la fanfare. En 1965, il remporte le scrutin. « C’est une sacrée responsabilité qui me tombait sur la tête ! Il fallait d’abord faire un inventaire de ce qui existait et de ce qu’il manquait aussi évidemment. » Car à cette époque, tout est encore à faire. Sous son impulsion, les projets s’enchaînent : création d’écoles, de complexes sportifs, constitution de réserves foncières, naissance de la MAPAD*, modernisation de la voirie, essor de l’aéroport, développement de l’attractivité économique… Un rythme infernal entre les conseils municipaux et les diverses commissions vouées à métamorphoser le bourg rural et anticiper l’augmentation de population. 
Ainsi, le gaulliste Charles Kerdilès enchaîne cinq mandats, trente années d’une mission de tous les instants avec les difficultés qu’elle comporte mais aussi les bons souvenirs, comme celui du jumelage qu’il a mis en œuvre : « pour les fêtes avec Barsbüttel et Callington, les deux places centrales de Guipavas étaient remplies de monde ! Tout le monde participait ! »
* aujourd’hui Ehpad Georges Brassens

Maire honoraire

« Je ne voulais pas que la commune ait un maire trop âgé. » En 1995, à 68 ans, il décide de ne pas se représenter et de ne pas interférer dans l’action de ses successeurs. Décoré de l’ordre national du Mérite et des Palmes académiques, celui qui est aussi maire honoraire continue d’observer l’évolution de sa ville devenue la 5e du département avec près de 16 000 habitants. Il regarde les travaux en cours et les échéances électorales imminentes avec la plus grande attention. Car pour le presque centenaire, sa place au service des habitants de Guipavas reste à jamais le mandat d’une vie.

Fabienne Ollivier
Article publié dans Guipavas le magazine n°18 – mars/avril 2026